14- L'analyse filmique (1)
- Tony Herriam
- 5 sept. 2020
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 janv. 2021
Bonjour à tous !
Aujourd’hui nous allons parler d’un thème présent aux concours dans les écoles de Cinéma : “L’analyse filmique”.
Nous allons donc aujourd’hui apprendre la théorie, puis la pratique avec un court-métrage très bien réalisé, nommé “Wrapped”, qui a gagné beaucoup de prix.
L’analyse, de tête, pendant le premier visionnage du film
Vous devez vous poser les bonnes questions :
Où et à quelle époque l’histoire se déroule-t-elle ?
D’après la technique utilisée, à quelle époque le film a-t-il été réalisé ?
Sur quel(s) thème(s) le film est-il basé?
Quelle(s) morale(s) le réalisateur a-t-il voulu faire passé ?
Quelles métaphores sont utilisées pour faire passer des messages ?
Quelles sont les échelles de plans utilisées ?
Le but ici n’est pas d’étaler ses connaissances techniques, mais bien d’écrire juste ce qui est important. Repérez bien tous les détails. Vous devez également faire une analyse détaillée du montage :
Repérer les champs-contrechamps, les transitions, les effets de flou, les effets spéciaux… et leur but dans le film
Quels sentiments le réalisateur essaie-t-il de faire passer à travers son monteur ?
Qu’est-ce qui est mis en avant (à l'échelle du film et à l’échelle d’un plan particulier)
Qu’apportent la musique et les effets sonores dans le film ?
etc...
Plan de l'analyse (prendre des notes pendant les autres visionnages en rédiger après) :
Introduction : Titre du film, Année du film, Contexte, Genre, Nationalité, Perception par le public et les critiques, Succès (prix).
Première partie : Présentation des éléments de l'oeuvre (situation dans le temps et dans l'espace, caractéristiques des décors (lieu(x) représentés, décors naturels ou fabriqués en studio, intérieur ou extérieur, jour ou nuit)), Présentation des personnages (caractérisation : aspect physique, vêtements, voix, interprétation, choix de l’acteur ; relations entre les personnages : Qui sont-ils ? Que veulent-ils ?)
Première partie (suite) : Le cadrage (le champ/contrechamp, les échelles de plan, les mouvements de caméra, les angles de prises de vue...), La lumière (Contrastée ou non, réaliste ou non, couleurs dominantes, diffuse ou non...), Le son (Musique diégétique* ou extra-diégétique**, bruits divers) *Musique diégétique : Musique faisant partie intégrante de la séquence, origine présente physiquement dans les plans. **Musique extra-diégétique : Musique dont l'origine est extérieure aux plans qui composent la séquence. Musique de fond, d'ambiance.
Deuxième partie : Intérêt de l'oeuvre, message du réalisateur, film inséré dans une continuité ou une rupture et pourquoi, sens de la mise en scène (signification des couleurs, du cadrage, du son...), et établissement de liens avec d’autres films de même genre ou de genre différent.
Nous allons maintenant passer à la pratique avec le court-métrage “Wrapped”, qui a été réalisé par les étudiants d’une école de Cinéma allemande : Filmakademie. Je vous laisse le visionner.
Maintenant, vous n’avez qu’à suivre le plan donné plus haut !
Exemple d'analyse :
Wrapped est un court-métrage réalisé en 2014 par les étudiants d'une école de Cinéma allemande, Filmakademie. Cette oeuvre a été réalisée à partir de moyens modernes comme le montre l'association d'animation 3D (la verdure) et de plans filmés à la caméra. Le public apprécie l'oeuvre en moyenne (3,6 étoiles sur cineseries.com). Il a reçu un grand nombre de prix comme celui du festival de Bejing en 2014, de Ves Award la même année ou même de San Diego en 2015. Il aura reçu 16 prix au total !
L'histoire du film se déroule dans la ville de New York, reconnaissable grâce à ses hauts buildings et ses taxis jaunes. D'ailleurs la présence de ces éléments dans ce décor naturel filmé par des caméras nous informe que le film se déroule pendant notre époque moderne. Tout le court-métrage se déroule en extérieur pendant le jour, hormis le début qui se situe à l'intérieur de l'organisme d'un rat mort, d'où part la plante que l'on suit tout le film. Dans ce film muet, aucun personnage n'est présent, à part les figurants filmés dans le flou de la ville. Ils n'ont ici aucune utilité particulière, à moins de montrer le fourmillement des personnages qui se dépêchent dans la ville, en accéléré.
Le film commence avec une suite de TGP (Très Gros Plans) qui montrent l'intérieur de l'organisme du rat mort. Quand la caméra sort de son œil, ces plans cèdent leur place à des gros plans qui ne vont cesser de s'éloigner tout au long du film en travelling arrière, jusqu'au plan général à la fin du court-métrage pour montrer la planète Terre. Les cadreurs ont aussi filmé leurs scènes en leur inculquant un travelling ascendant. Le seul moment où les plans cessent de reculer est quand le silence se fait pour préparer un événement décisif de la suite de l'histoire : l'explosion des fleurs. A partir de ce moment le travelling vers l'arrière reprend mais beaucoup plus vite, ainsi que le musique extra-diégétique qui s'accentue brusquement et monte en crescendo. Les bruitages utilisés sont diégétiques : ils représentent ce qui se passe dans la séquence. La lumière, plutôt réaliste, est diffuse car seul le soleil éclaire les scènes. Les plans sont filmés à l'aide de vraies caméras, mais la végétation qui se propage a été créée en post-production en Animation 3D.
Cette oeuvre est très intéressante car les réalisateurs (Roman Kälin, Falko Paeper et Florian Wittmann) ont cherché à faire passer des messages relativement clairs : la nature peut toujours reprendre ses droits sur ceux qui lui font du mal, et tout ce qui vient de la nature lui revient (métaphore de la plante qui part du rat, qui envahit la planète et qui revient dans le rat qui la mange grâce au plan de coupe qui relie l'image de la Terre toute affaiblie à quelque chose que mange le rat. Dans ce court-métrage, tout se suit sans rupture dans la continuité de la plante qui pousse. Le travelling ascendant pourrait montrer l'élévation de la plante vers les hauteurs et sa supériorité aux hommes qui, eux, restent en bas. Les couleurs sont très lumineuses peut-être pour représenter la joie de la nature qui se débarrasse de ses microbes. Elles sont également réalistes pour permettre aux spectateurs de se rendre compte de l'importance de la situation, que cela peut arriver à tout moment. La musique représente bien le déroulement du film. Elle a des sonorités inquiétantes dès le début, mais s'accentue et monte en volume après l'explosion des fleurs, quand tout est en train de se faire détruire. Cette histoire est inspirée d'une nouvelle d'Alphonse Daudet, Woods'Town qui raconte la même histoire mais en montrant les réactions des personnages qui s'enfuient.
Voilà ! Cette analyse est un exemple pour le site, et il est possible de détailler encore plus, et il faudra la faire pour les épreuves d'école de Cinéma ! Mais nous verrons tout cela dans la deuxième partie de ce post qui sortira bientôt !
Merci beaucoup d’avoir lu ce nouvel article, on se retrouve bientôt pour un prochain.
A bientôt,
Tony Herriam
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